Catégorie : La ronde et les enfants

Faut qu’on m’explique

Il faudrait qu'on m'explique quelque chose. Comment se fait-il qu'après
des nuits à chercher à poil et à quatre pattes une tétine sa race
coincée entre le mur et le radiateur (éloignés du lit de plusieurs
mètres, ce qui explique qu'auparavant tu aies mis tout le lit à sac pour rien), à tenter en vain de te souvenir à combien de dosettes de
lait on en est dans le biberon, à effectuer des conversions de folie
entre une pipette de doliprane contenant de l'advil ou l'inverse, à
chercher le mouche-bébé, rangé comme il se doit avec les slips de ton mec ou tout simplement à faire les cent pas en marcel et culotte
dans un salon glacial en chantant inlassablement les trois mêmes
phrases de LA "chanson douce" (im-po-ssible de me remémorer ce qui vient
après "ma maaaaamaaaan" après neuf années de fredonnage), bref, disais-je, comment se fait-il qu'alors
que le fruit de nos entrailles ne fait montre d'absolument AUCUN
respect pour notre précieux sommeil, nous les mères, on ait autant de
scrupules à réveiller notre bouchon lorsque ce ce dernier s'endort
comme par hasard pile au moment où on est censée l'emmener chez la
nounou ?

HEIN ?

Qu'est-ce qu'on nous a mis, damned, à l'intérieur de nous, pour qu'on soit totalement dépourvues d'un quelconque esprit de vengeance ? Voir que même au contraire, non contente de voir l'heure tourner et avec elle s'envoler toute perspective d'augmentation pour les dix années à venir, (tu as déjà vu une femme arrivant à la bourre TOUS les matins que dieu fait avec en prime le reste d'un quignon de pain amoureusement maché par Helmut collé dans les cheveux obtenir une rallonge de salaire, toi ?) on se délecte d'admirer les traits si reposés et sereins de trésor d'amour en train de roupiller ?

Moi personnellement je ne me l'explique pas. Pourtant, franchement, à quatre heures du mat', quand je manque m'estropier sur ma salope de botte qui se retrouve systématiquement sur mon chemin et que je titube jusqu'au lit pour retrouver une Helmut sous extasy en train se se préparer au championnat du monde du petit moulin, je te jure que j'ai beau fouiller, je ne trouve pas l'ombre de la queue d'un vestige d'instinct maternel. 

Et je me jure à chaque fois de lui rendre la pareille. Sauf que chaque matin, quand après un calin sur le canapé, je sens sa tête devenir très lourde sur mon épaule et sa respiration ralentir, je veux juste que la terre s'arrête de tourner et que l'instant se fige pour l'éternité. 

Quelle arnaque quand même, la maternité.

La dernière gorgée de lait

Il
y a deux jours, j'écrivais que j'avais arrêté d'allaiter. Ce que je
n'ai pas dit, c'est ce sentiment de rupture qui m'étreignait depuis cet
instant où sentant la morsure de feu l'iroquoise j'avais compris que
c'était peut-être bien fini. Je crois que par dessus tout, ce qui me
serrait le coeur, c'était de ne pas avoir réalisé pendant, que cette
fois là avait été la dernière. Comme on savoure l'ultime cigarette un
31 décembre à 23h ou le tiramisu dégusté à la veille d'un régime.

 

C'est idiot, parce que finalement, la plus importante c'était sans doute la première fois, quand après trois heures à moisir en salle de réveil et à harceler l'infirmière de garde pour qu'on me remonte en menaçant de ramper jusqu'à la chambre s'il le fallait, Rose s'est ruée sur mon sein et l'a agrippé pour ne plus le lâcher. 

Il n'empêche qu'idiot ou pas, j'étais triste à pleurer.

Et puis avant-hier soir, alors que je tournais dans mon lit, la boule nichée au creux de mon ventre, avec ce besoin d'elle viscéral contre lequel je m'étais jurée de lutter, elle s'est mise à crier. Un pleur aigu, à une heure inhabituelle.

Je suis allée dans la chambre, je l'ai prise contre moi. Dans un demi sommeil, elle a fourré son visage contre ma poitrine. On s'est nichées sur le canapé, peau contre peau, coeur contre coeur. Laquelle réconfortait l'autre, difficile à dire, je suis en revanche persuadée qu'elle avait entendu que tout mon corps la réclamait, que je ne trouverais pas le sommeil sans la tenir encore un peu de cette façon là.

C'était la dernière fois, là je l'ai su et je pense qu'elle aussi.

J'ai avalé son visage avec mes yeux, j'ai gouté chaque seconde de ce rendez-vous clandestin et je l'ai laissée longtemps endormie contre mon sein. J'ai laissé mes larmes couler, au revoir mon tout petit bébé, bonjour ma petite fille. Tournons une nouvelle page, personne ne nous volera cette nuit là, demain est un autre jour et grandir sera merveilleux, c'est promis.

Voilà, cette nuit là je crois qu'on a laché prise elle et moi. Depuis, je vais mieux, en tous cas je n'ai pas ce goût d'inachevé qui laissait au fond de ma gorge une désagréable amertume…

Helmut elle a la niaque

Attends, tu crois qu'Helmut part en randonnée, là ? Et bien tu n'y es
pas du tout. Elle participe à sa façon à la vie de la maison. Et
accomplit les des tâches ménagères avec son papa. On n'a rien trouvé de
mieux vers une certaine heure de la journée pour pouvoir vaquer à nos
occupations sans l'entendre brailler comme un cochon qu'on égorge.

Enfin je dis "on", vous aurez compris qu'il s'agit de son père. Personnellement je ne range jamais mes chaussettes. Ni ne vaque à aucune occupation. Et puis quand ça m'arrive, de vaquer, et bien Helmut braille et moi je lui réponds, d'une pièce à l'autre des "je suis lààààààààààà, j'arriiiiiiiiiiiive" qui ne la calment absolument pas mais qui forcément la rassurent.

Ou pas.

Disons que ça a en tout cas le mérite de couvrir un peu ses cris et de me donner l'illusion d'être rassurante.

A part ça, en plus des marionnettes, la demoiselle fait désormais le petit moulin qui tourne tourne. Et au revoir, aussi.

Elle a six dents dont quatre en haut et nous avons d'ores et déjà ouvert un compte épargne pour l'orthodentiste familial qui ne devrait avoir aucun mal à financer une résidence secondaire à Cabourg avec tout le mal que s'est donné Truie nature pour flinguer le sourire de mes enfants. Hein, quoi ? A huit mois, difficile de savoir si les dents sont mal implantées ? 

Viens voir la goule d'Helmut et on en reparle. 

En même temps, à côté des 76 dents de grand machin qui pue des pieds, elle fait pâle figure. Je ne rigole pas, grand machin est une sorte d'attraction, ses dents de lait ne tombent pas mais les autres poussent malgré tout. Cela donne un enchevêtrement assez exotique et pourrait nous rapporter pas mal de fric à mon avis si on en était encore au temps où l'on vendait les bêtes de foire aux gens du voyage.

Non mais ne vous offusquez pas, il vit ça très bien, je le soupçonne de se faire payer par les enfants de l'école pour ouvrir la bouche et faire admirer ses deux rangées de canines. Ce qui est sûr c'est que cette bizarrerie lui confère une espèce de renommée, voire de statut particulier. The castor, qu'on l'appelle.

Voilà, sinon tout va bien, je n'allaite plus ma vorace depuis trois jours. Pas parce que j'en avais assez ou qu'elle ne voulait plus de mes nichons. Pas non plus parce que je n'avais plus de lait.

C'est juste qu'elles ont beau être mal implantées, les quenottes d'Helmut n'en sont pas moins aiguisées. Et que mine de rien, mes tétons, j'y tiens. 

Je vis tout ça très bien, ne t'en fais pas.

En plus avec un peu de chance je vais maigrir, non ? Je veux dire, vu qu'allaiter ne m'a pas fait perdre un iota de cellulite, je dois être dans la catégorie de celles qui stockent pendant toute la période où elles "nourrissent"et qui fondent le jour où elles arrêtent, n'est-ce pas ?

Tu parles.

Moi je suis toujours dans le groupe que "ça" fait grossir. Le stress ? ça me fait grossir. Les règles ? ça me fait grossir. L'allaitement ? ça me fait grossir. Le bonheur ? ça me fait grossir. La fatigue ? ça me fait grossir. L'amour ? ça me fait grossir. La dépression ? ça me… Bref.

Sur ce, je te laisse, faut que j'aille aider l'homme à enlever Helmut du sac à dos, il a fini d'étendre le linge.

Edit: En vrai je le vis très mal, de la voir grandir comme un champignon. A ce rythme, dans deux semaines on l'inscrit à la fac. D'ailleurs si ce n'étaient les nuits quand même vraiment merdiques (moins maintenant mais tout de même), j'en ferais encore une demi-douzaine, d'helmuts. Parce que nom d'un chien on n'a rien inventé de meilleur.

 

L’important, c’est la Rose

 

 

Helmut a eu 7 mois le 5 mars. Presque l'âge de raison. Et je me dis que
ça fait un moment que je n'ai pas fait de bilan sur cette demoiselle et
sur la façon dont le reste de la famille parvient à survivre, mois
après mois. Attention, quart d'heure grumeaux, allergiques s'abstenir…

– Helmut pèse plus de 8 kilos et mesure environ 68 cm. Elle explose dans le 6 mois et n'est pas franchement à son aise dans le 1 an. J'envisage de lui acheter très prochainement un jean taille 42.

– Elle n'accepte de manger à la cuiller que si c'est sa môman qui lui donne. Ladite maman ne cache pas sa fierté d'autant qu'elle est devenue babycook-addict, et fait des purées maisons qui lui donnent la sensation d'être Mary Poppins, elle qui avait mis sous perfusion de bledichef les deux aînés. Je persiste à dire qu'on devrait pouvoir faire un premier enfant qui compterait pour du beurre, sur lequel s'entrainer. Ensuite seulement on aurait le vrai avec lequel on aurait tout bon ou presque.

– Je ne sais plus à quoi ressemble le sexe de l'homme et je doute de l'existence de cette chose qu'on appelle orgasme. Le dernier rapport sexuel tenté ayant été interrompu peu avant l'instant décisif par des cris de cochon qu'on égorge.

– Elle pousse souvent des cris de cochon qu'on égorge. Surtout quand ses parents ont un moment d'égarement. 

– Elle dort bien. Sauf quand elle a la varicelle. Ou un rhume. Ou une infection pulmonaire. Ou quand elle fait ses dents.

– Elle alterne dents/varicelle/rhume/infection pulmonaire depuis bientôt trois mois.

– Elle sait faire les marionnettes.

– Elle aime tout particulièrement s'en vanter à 4h du matin.

– Je pense qu'en langage de bébé, faire les marionnettes à 4h du matin ça doit vouloir dire "t'as vu comme je me fous de ta gueule ?". En tous cas c'est un peu comme ça qu'on le prend. Surtout que bien sûr quand on aimerait qu'elle montre un tant soit peu ce talent aux invités histoire de se la péter, on peut toujours attendre. 

– Elle reste beaucoup plus longtemps qu'avant sur son tapis d'éveil. Du moment où son père ou moi on est allongé à côté. Ce qui est très pratique pour vaquer à nos occupations.

– Je ne l'allaite plus. Sauf si elle se réveille la nuit. Et un peu le soir aussi. Parce que je sens qu'elle en a besoin. Surtout le matin. 

– Elle montre un intérêt très limité pour le sucré. En revanche elle devient hystérique à la vue d'un quignon de pain.

– Elle est, comme tous les enfants, irrésistiblement attirée par la télécommande de la télévision. Mais attention, tu peux toujours te brosser pour la berner en lui donnant celle du magnétoscope qui ne marche plus. Celle qui la fait kiffer, elle, c'est la vraie, celle qui te colle la télé en veille au moment où c'est LA candidate préférée du jury de la nouvelle star qui chante. Même que tu sais pas sur quel putain de bouton elle a appuyé mais tu mets une heure pour retrouver ta chaîne.

– Grand machin qui pue des pieds profite honteusement du léger coup de mou de ses parents actuellement pour prendre quelques libertés les princpes d'hygiène pourtant toujours en vigueur sous notre toit. La dernière fois où il a lavé ses cheveux doit remonter au 14 janvier. Je crains le mot dans le cahier de correspondance dans les jours qui viennent, voire le coup de fil de l'assistante sociale.

– Petite chérie m'a demandé hier si quand elle était petite, je l'aimais, elle aussi. L'air de prendre comme acquis qu'aujourd'hui en tous cas, non.

– Helmut et son père ont un rendez-vous rien qu'à eux le matin, leur instant privilégié. Elle dans sa poussette, lui sur le trône, la porte ouverte. Pendant qu'elle réduit le Libé de la veille en charpie, en regardant son père poser sa crotte, celui-ci peut couler son bronze tranquille. "Sinon c'était l'occlusion", qu'il m'a dit. J'ai une photo mais je sens que ce serait le détail de trop qui pourrait tuer ce couple qui ne tient déjà plus qu'à un fil.

– Quand je la retrouve le soir, elle me regarde comme si j'étais une apparition. A ce moment là, j'oublie que j'ai fait une énorme connerie au boulot directement imputable aux 45 minutes de sommeil de la nuit dernière, que je vais bientôt pouvoir me faire des tresses sous les bras vu que mes instants de liberté je les utilise à commater et certainement pas à aller me faire épiler, que j'ai pris une dizaine d'années dans la vue en sept mois, que mon mec risque vraiment de partir vivre avec sa stagiaire ou que j'ai passé une journée entière avec une grosse trace de lait caillé sur l'épaule sans que QUICONQUE ne me le fasse remarquer avant 18h16. Heure à laquelle mon entretien avec le directeur de la rédaction venait de s'achever.

Edit: La photo est d'Anne-So, de Cachemire et Soie, qui m'avait fait le cadeau de venir immortaliser ma petite en décembre…

Dis maman, je l’ai eue la varicelle ?

Rentrée très tard du travail hier, je n'ai pas trop eu la force de
faire le billet prévu. Mais comme je n'ai pas envie de finir la semaine
sur cette polémique – même si je ne regrette pas ce manifeste, dans la
vie faut assumer – je vous propose ce texte écrit en 2006, quand grande
chérie, alors petite, avait la varicelle.

J'en profite pour
redire un énorme merci à Manou, qui a veillé sur les boutons de Rose
avec toute la douceur et l'amour dont la demoiselle avait besoin. Grace
à elle, la varicelle fut douce…

La varicelle

Petite chérie a eu la varicelle cette semaine. Il a
donc fallu prévenir les visiteurs, prévus ou impromptus, que la maison
était lieu de contagion. Ainsi alertés, tous, quel que soit leur âge ou
leur sexe, ont eu la même réaction: appeler leur mère.

Redevenue
d'ailleurs à cet instant, leur maman.

Et toutes les mères, ont sans l'ombre d'une hésitation répondu à LA
question: "Dis, maman, est-ce que j'ai eu la varicelle ?". Non
seulement elle savaient si maladie il y avait eu, mais ne furent pas
avares de détails. Tous mes amis apprirent à cette occasion
à quel âge ils l'avaient contractée, combien de temps l'affection avait
duré et si fièvre il y avait eu. Ils eurent en plus force détails sur
l'étendue des boutons, leur aspect et les douleurs engendrées. Bref,
les coups de téléphone se sont éternisés…

Les observant l'air de rien, c'est d'un oeil amusé que j'ai vu
ces adultes sortis depuis bien longtemps de l'enfance faire mine d'être
agacés alors qu'ils dégustaient en réalité chaque mot et savouraient
ces quelques minutes durant lesquelles ils redevenaient un peu les tout
petits de leur maman.

Une fois le combiné raccroché, tels des anciens combattants ils
exhibèrent chacun l'inévitable cicatrice dont l'existence venait de
leur être rappelée. Ces petites marques indélébiles et minuscules
étaient autant de blessures de guerre d'une enfance pas tout à fait
disparue.

Quand leurs enfants sont grands, les mères servent encore au moins à
ça, me suis-je dit. Elles sont les gardiennes d'une mémoire de petits
riens, constellée de maladies infantiles, de coups et blessures, de
notes à l'oral du bac ou autres micro-événements sans importance
apparente.

Ce soir là, j'ai regardé avec grand soin ma petite, m'efforçant
de photographier tous les boutons criblant le petit corps, espérant que
le jour où LA question serait posée, je serais à la hauteur…

 

Passe moi la ventoline

Ce qui est sympa, quand tu fabriques des enfants qui entrent dans la
catégorie "miasmes friendly", c'est que tu fréquentes régulièrement les
médecins.

Ce qui ne devrait pas être pour me déplaire puisque je suis du style "médical-addict".

Le problème, c'est que l'enfant est sournois.

A moins que ce ne soient que les miens.

Qui semblent dotés d'un gène en plus. Le gène qui fait qu'alors qu'il est mourant chez toi, dès l'instant où ton marmot pénètre dans le cabinet médical, il retrouve un second souffle. Au sens propre du terme. Et alors qu'il a toussé sans discontinuer de 23h à 6h30 du matin, même avec la moitié d'une bouteille de toplexil dans le coco mélangée à une dose normalement rédhibitoire de cortocoïdes, il s'arrête instantanément de suffoquer au contact du docteur.

Et respire comme jamais il ne l'a fait chez toi. Sans un bruit. Comme touché par la grâce divine.

Forcément, ledit docteur finit par te prendre à la longue pour une folle doublée d'une hypocondriaque par procuration. Et te congédie en te recommandant un "bon lavage de nez" sur lequel je ne reviendrai pas, m'est avis qu'on a fait le tour du sujet. Evidemment, à peine rentré, chouchou crache ses poumons infectés. Sauf que maintenant il est 20h00 et que tu es bonne pour SOS médecins, ça fera 78 euros madame, merci, voilà l'ordonnance et la prochaine fois emmenez votre enfant chez le médecin avant la pneumonie, c'est plus prudent.

D'aucuns suggèreront que je me précipite un peu trop rapidement chez le toubib. Et d'aucuns aura raison, tu sais que t'es pas si con. Sauf qu'avec les années, non. Je peux te dire que je laisse murir la chose. J'attends que ce soit bien gras, bien vert et que la fièvre soit détectable même avec un thermomètre frontal (donc supérieure à 39°)

Mais rien n'y fait, ces ingrats sont nés pour m'humilier, dès qu'on les mets sur la table d'examen ils ont une patate à faire passer Delarue pour un neurasthénique.

Du coup, je me suis mis au coaching parental. Sur le chemin, je les motive. "Tu tousses devant le docteur, hein ? Tu ne fais pas comme la dernière fois, après le médecin pense que maman lui raconte n'importe quoi". "Mais, maman, c'est pas facile, je le décide pas quand je tousse". "Je ne veux pas le savoir. Si ça ne vient pas, tu te forces un peu. Quand même, à ton âge maintenant, tu peux faire un petit effort. Et viens pas me dire que c'est un mensonge de faire ça, je l'ai quand même pas rêvée la nuit qu'on a passés à faire bouillir la cocotte dans la cuisine pour humidifier tes bronches, hein ?".

Bref, donc, je les encourage un peu. Histoire de garder mon peu de dignité ET de m'épargner le coup de fil à SOS médecin en pleine nuit puis l'expédition à la pharmacie de garde avec tous nos copains toxicos de la place de clichy.

Sauf que bien sûr, ça ne marche pas.

Voire pire: la dernière fois, après une énième visite où ce bon vieux docteur constate que y'avait rien de rien dans les bronches de grand machin qui pue des pieds, je fais mon chèque histoire de rétribuer monsieur Lavage de nez. Alors que j'explique tant bien que mal que contrairement aux apparences cet enfant était bel et bien proche de la crise d'asthme pas plus tard que y'a une heure, grand machin ne cesse de tirer sur ma manche, signe qu'il a quelque chose de méga important à me dire. Tout ça en répétant inlassablement "maman… maman…". La scie.

Tu connais un truc plus énervant toi ? T'es en train de chercher névrotiquement ta carte vitale, l'autre Hyppocrate te parle comme si tu avais douze ans et demi et Helmut hurle dans sa poussette rapport qu'elle a un peu chaud (= à deux doigts de se lyophiliser) dans sa combinaison-pilote que tu t'es absolument refusée à ouvrir de peur de mettre deux jours à la remettre et pendant ce temps, ton enfant de bientôt neuf ans ne comprend pas que tu n'es pas hyper aware pour une question du type "Est-ce que tu sais ce que c'est un carré magique ?".

Bref, excédée mais tentant de garder un semblant de calme (devant le corps médical je tiens à passer pour une mère parfaite et à l'écoute), je finis par lui répondre, doucement mais fermement: "quoi mon chéri ?".

– "Tu m'en veux pas, hein ?"

Regard interrogatif du médecin et légère angoisse qui me serre la gorge.

"Beuh, mais non mon chéri, enfin, pourquoi je t'en voudrais ?" Sourire crispé et regard complice au médecin, sur le mode "Ces enfants quand même, ils sont d'un bête parfois, hu hu hu".

Petit silence, puis voix de clairon du grand machin.

– "Ben j'ai peur que tu sois fachée parce que je suis pas arrivé à faire semblant de tousser devant le docteur comme tu m'as montré".

Bon bah voilà, depuis, à chaque fois que ça sonne j'ai peur que ce soit les services sociaux.

La maternité n’est pas toujours une vallée de roses

Parmi les nombreuses réjouissances auxquelles tu as droit quand tu
deviens mère ou père (mais surtout mère, faut pas rêver, les hommes
conservent une faculté de se défiler assez impressionnante dans
certaines circonstances) il y a celle du mouche bébé.

Et oui.

Avant, à savoir dans les années 70, on devait estimer que les bébés, ben quand c'est enrhumé, c'est bien fait pour leur nez.

C'était avant l'invention la plus sadique de tous les temps.

Celle, donc, du mouche bébé.

Avertissement: ce billet contient des scènes choquantes. Ames sensibles s'abstenir. 

Et quand je dis "sadique", je ne pense pas au bébé.

Qui certes passe un sale quart d'heure quand arrive le moment tant redouté. D'autant qu'avant d'aspirer ses crottes de nez, tu le noies à coup de pipettes de sérum.

Ah parce que oui, dans ton vocabulaire de jeune maman, de nouveau mots apparaissent. Dont celui de "séromefi". Sérum physiologique pour les heureux nullipares.

Sans rire faudra pas s'étonner un jour que les océans s'assèchent, vu les hectolitres d'eau de mer qu'on balance dans le pif de nos marmots.

Donc, disais-je, c'est sadique, le mouche-bébé.

Déjà, parce que quand tu fais ton test de grossesse et que tu pleures de joie devant ta goutte de pipi qui vire au bleu, PERSONNE ne te dit que dans un an tu devras en passer par l'aspirateur à morve. L'aspirateur étant toi.

Ben oui, le principe il est simple. A une extrémité, un embout qui va dans le nez du bébé. Relié à une sorte de bec de flute par un tube en caoutchouc. Que tu mets dans ta bouche. Pour siphonner le lardon.

Sachant que ça c'est dans tes rêves. Parce qu'un bébé ne se laisse JAMAIS faire.

Et que cerise sur le marmot, tu n'as pas le droit de rendre les coups.

Or des coups, crois-moi, y'en a. 

Perso, Helmut, à peine elle aperçoit l'engin qu'elle me décoche une droite. Suivi d'un crochet du pied dans les seins. Ensuite, elle profite que j'ai la tête penchée au dessus d'elle (position obligatoire pour enfoncer l'embout dans sa narine) pour choper d'une main une mèche de cheveux et de l'autre le tube en plastique. T'arrachant par la même occasion une ou deux dents vu que tu tenais le bec bien serré.

Bon, rassure-toi, toi qui débutes ta vie de maman, les jours passant, David Douillet à côté de toi, c'est Mimi Mathy à poil sur un tatami. Et le grumeau, il peut toujours essayer de t'avoir, tu es plus forte que lui.

Sans rire, je songe à faire breveter ma méthode, celle-ci consistant à bloquer l'enfant en m'allongeant littéralement sur lui pour ne laisser à l'air libre que la narine à déboucher.

Brutal mais efficace.

En revanche, niveau aspiration, je n'ai toujours pas compris comment fait ma copine zaz pour ne pas se retrouver à avaler à un moment ou à un autre tout ce que tu viens de sortir de ton adorable rejeton.

Oui, tu me diras, y'a un petit bout de mousse dans l'embout.

Sauf qu'en général, si tu pratiques le mouche bébé, ce n'est pas pour le fun. Ou alors tu as une conception assez alternative du plaisir. Et je te conseille d'aller en parler à "quelqu'un".  Donc si tu le fais et que tu es saine d'esprit, c'est parce que y'a matière. Et la mousse, au bout d'un moment, elle est un peu imbibée, si tu vois ce que je veux dire. Donc tu essayes de l'enlever pour la laver même si officiellement les embouts sont jetables et que le mode d'emploi te recommande avec insistance de ne les utiliser qu'une seule fois.

A 10 euros la boite de 6 embouts, qui c'est qui qui part sur le yacht de Vincent Bolloré cet été ? Oui, Monsieur Pro-rhinel. Qui a le monopole de l'aspire-morve et qui en profite, le batard.

Bref, après avoir constaté qu'au doigt tu n'y arriveras pas, armée d'une pince à épiler, tu tentes de dégager la mousse. Qui résiste. Quand tu y parviens, tu vas vomir. Ensuite tu tentes de laver la mousse et tu t'aperçois que ton enfant sécrète une morve de compétition qui adhère pour toujours au bouchon. Que limite faudrait la breveter, elle aussi.

Bref, tu jettes la mousse et tu tentes le tout pour le tout, le mouche bébé sans bouchon de sécurité.

Parce que tu aimes les défis.

Après, t'es prête pour participer à Fear Factor et gober des yeux de boeuf pour 10 000 dollars. Non franchement, tant qu'à vivre des expériences de l'extrême, autant se faire un peu de gratte. Parce que là, bien sûr, pour siffler les crottes de nez de pupuce, personne ne te donne un centime.

En plus, à tous les coups tu gagnes AUSSI au grattage et tu te tapes la crève. 

Voilà, la prochaine fois on parlera des érythèmes fessiers parce que je sens que ça t'a bien plu tout ça. On essayera également de trancher une bonne fois pour toutes la question qui agite le landernau parental: pipettes ou pshiit ? 

Allez, je te laisse, j'ai encore tout un tas d'instants merveilleux à vivre.

Edit: Je sais, il existe désormais des mouche-bébé high-tech que t'as plus besoin de les mettres dans ta bouche vu que c'est électronique. Mais malheureuse, fais attention, la plupart des pédiatres sont contre, archi-contre. Trop violent pour la muqueuse de chouchou. Et puis si ça marche aussi bien que les thermomètres auriculaires, je dis non. Le progrès attendra.

Des filles… pas toujours à la vanille


Dans l'école de petite chérie, une bande de filles – neuf-dix ans, en
CM1 – s'est fait punir pour avoir littéralement maté les garçons en
train de faire pipi. Elles avaient remarqué qu'en se faisant la courte
échelle elles pouvaient atteindre une petite fenêtre qui donnait pile
poil sur les pissotières des gars.

– Maman, quand le directeur les a attrapées, je peux te dire qu'il s'est mis dans une de ces colères ! Elles ont été punies je peux te dire. Elles vont devoir écrire un nombre de lignes je te dis pas. Et elles sont privées de récréation pendant trois jours.

– Ben oui, je comprends, y'a plus malin quand même.

– En plus, les garçons, ils voulaient plus s'en aller des toualettes, tellement ils avaient la honte. Et quand ils sont sortis  ils pleuraient, t'aurais vu ça…

 

Je sais, je ne devrais pas, mais il m'en a fallu du self controle pour ne pas pouffer. Et c'est uniquement le regard grave et lourd de reproches de grand machin, manifestement atteint par procuration dans sa dignité masculine que je me suis maitrisée. Et là, j'en ris encore, de les imaginer, ces mini-durs en larmes, tout ça parce que trois ou quatre terreurs en jupon avaient grimpé à la fenêtre pour voir leurs zoziaux.

Pauvres petites choses.

Bon sang ment souvent

Il semblerait que mon offre n'ait pas vraiment été prise au sérieux. Je vends Helmut.

Ou je la donne.

Ok, je te PAIE.

C'est ça ou je la mets sous Deroxat pour qu'elle roupille.

Non parce que ça va bien qu'elle ne trouve pas son sommeil toute seule malgré que je lui ai mis un bon paquet de sérénité inside her à force d'allaitement quasi exclusif pendant les six premiers mois de sa vie, mais là faudrait pas non plus continuer à pousser maman dans ses retranchements.

Je veux dire, on a de la patience, mais maintenant, aux alentours de 3 heures du mat, elle a comme qui dirait terminé un cycle.

Et pas moi.

Autant te dire qu'on n'est pas du tout en harmonie, elle et moi, au beau milieu de la nuit.

Pourtant, elle met le paquet. Et que je te montre comment je sais balancer la tétine à des distances incroyables rien qu'avec la bouche, et que je te fais des sons inédits, et que je te fais les marionnettes alors que devant les copains tu peux crever la bouche ouverte, et que j'en fais des tonnes au niveau du sourire, et j'en passe.

Tout ça devant un père et une mère totalement imperméables à tous ces efforts.

Marrant comme ce qu'elle fait dans la journée nous laisse carpettes d'admiration et comme une fois le soleil couché on n'en a vraiment plus rien à fouetter. Sérieux, elle pourrait bien commencer à nous réciter la constitution russe en chinois qu'on resterait aussi indifférent que Sarkozy devant 2,5 millions de pékins en colère dans la rue.

Genre, "j'entends mais je garde mon cap".

Et mon cap, Helmut, c'est de parvenir ENFIN à m'enquiller sept heures de sommeil d'affilée ce qui ne m'est pas arrivé depuis six mois, au cas où ça t'aurait échappé. Chier.

Je ne demande pas la grasse mat, hein, ça j'ai fait mon deuil. Un peu comme l'homme en a enfin fini avec l'illusion de faire du sexe avec moi avant un an ou deux. 

Entre nous soit dit, c'était bien la peine d'aller me faire enfiler un stérilet. Alors que la contraception 100% nature et garantie sans pipi aux hormones qui flinguent les couilles des poissons rouges, on l'avait à portée de main.

Bref voilà, en général, quand tu es enceinte, le truc qui te fait le plus flipper c'est que chouchou ne soit pas un bon dormeur. Pendant neuf mois, tu te rassures comme tu peux, tu te persuades que bon sang ne saurait mentir, que la génétique c'est pas fait pour les chiens et qu'au pire, on va l'aimer tellement qu'on s'en foutra.

Erreur.

Bon sang ment souvent. La génétique mon cul. Et faudrait voir à pas trop surestimer cette histoire d'amour maternel, je dis ça je dis rien.

Voilà, à part ça c'est la pêche et l'iroquoise a mangé sa première purée de carottes samedi. Demain c'est farine à tous les étages. Avec un peu de saindoux. Parait qu'on dort bien le ventre plein. Et ben on va te le remplir, y'avait qu'à demander.

Mais où qu’il est le sommeil ?

 

 

L'iroquoise ne s'endort que dans les bras. De son père, en général.
Et ça, tu peux potasser tous les bouquins de pédagogie mon cul, tu
auras toujours la même réponse: c'est le MAL.

Ouais.

Mais qu'est-ce que c'est bon.

Normal, le mal, souvent, c'est bon.

Il n'empêche que la semaine dernière, mue d'une volonté de fer, j'ai décrété que quand même, cette enfant, il était important qu'elle trouve son sommeil toute seule.

Ne me demande pas pourquoi cette idée m'est venue, tout ça c'est rien qu'à cause de la pression sociale, encore un coup d'Edwige Antier et de ses copines. On a beau être une routarde de la maternité, on n'est pas à l'abri d'une rechute de temps à autre. Une rechute de "il faut" sans bien savoir pourquoi. "Il faut qu'elle reste au moins deux heures sur son tapis d'éveil", "Il faut qu'elle abandonne cette tétine", "Il faut qu'elle boive 210 ml", "Il faut qu'elle aime les haricots", etc etc etc.

Donc j'ai expliqué en long en large et en travers à l'homme que ce soir là il n'y aurait pas de calin en douce avec la demoiselle jusqu'à ce qu'elle sombre dans les bras de Morphée. Non, on allait lui expliquer que c'était la nuit, et que la nuit, un bébé s'endort SEUL dans son lit. Comme une grande. Et qu'à partir du moment où on lui dirait tranquillement les choses elle sentirait qu'au fond de l'intérieur de nous même on était prêts à la laisser trouver ce salopard de monsieur sommeil comme une grande. 

Comment j'étais sûre de moi tu n'imagines pas.

J'ai donc tout fait comme j'avais dit, j'ai expliqué à Helmut que là, voilà, elle avait cinq mois et des patates, autrement dit l'âge de raison et qu'elle était désormais sur les rails de l'autonomie au niveau de l'endormissement. Free as a bird. Et que c'était bien mieux pour elle ET ses parents qu'elle gère en solo cet instant stratégique. J'ai rajouté qu'on l'aimait, bien sûr, qu'on resterait toujours son papa et sa maman, qu'on était juste à côté, qu'on ne l'abandonnait pas et que là, voilà, j'allais partir dans le salon et la laisser, tout ça parce que j'avais mis un paquet de confiance au fond d'elle.

Helmut m'a regardée avec ses grands yeux noirs et ensuite elle s'est marré.

Probablement à l'idée des quatorze fois où j'allais monter l'escalier (oui, s'il te plait, note bien le mot "escalier", il fait partie des raisons pour lesquelles tu as le droit de me haïr, surtout si tu le combines à "balcon", "vue sur jardin" et "Lave-vaiselle") dans la demi-heure qui allait suivre.

Je te passe les détails mais le fait est que l'intérieur de moi même n'est manifestement pas prêt à laisse ma presque majeure de fille trouver son sommeil toute seule. A moins que ce ne soit la faute de son père.

Comme souvent.

Toujours est-il qu'entre passer deux heures à aller et venir pour remettre la tuut (et accessoirement dire trente-huit fois "fais dodo" pour finir par rajouter "putain" à la trente-neuvième, paniquer au moment où les pleurs migrent très nettement vers le vomissement) et laisser son toutou de père bercer l'enfant chérie au mieux douze minutes avant qu'elle roupille comme une pierre, personnellement j'ai choisi.

Et tant pis si à cause de ça l'iroquoise en prend pour douze années de psy.

A ce moment là, nous, on sera en train de chercher notre sommeil en maison de retraite. Avec personne pour nous aider à le trouver. Alors bon, tu vois, Edwige…